Origine d’une passion

Quand je suis entrée dans la salle de boxe pour la première fois, j’avais pris soin de mettre mon seul et unique vieux jogging qui trainait au fond de mon placard, et je l’avais assorti à la va vite d’un teeshirt à manche longue rose fushia, pas du tout fait pour le sport d’ailleurs, il avait quelques paillettes de ci de là.

J’avais bien sur attaché mes cheveux. La base quoi. Comme au cours de gym du lycée en gros.

Je n’avais pas fait trois pas dans la salle que le prof m’a donné une corde à sauter et m’a dit : « vas-y ! saute ! ».

J’ai pris la corde et j’ai sauté.

J’ai du faire une dizaine de sauts et je me suis retrouvée essoufflée et rouge comme une écrevisse. J’ai regardé autour de moi. Les autres, femmes y compris, sautaient légèrement et continuellement. Un peu surprise, j’ai repris ma corde et de dix sauts au dix sauts, je me suis essoufflée de plus belle.

« On pause les cordes » qu’il a dit ensuite, le prof.

Alors là, ils nous a fait sauter dans tous les sens : « devant, derrière, coté, coté ». Il répétait sans cesse : « devant, derrière, coté, coté ». Puis d’un coup : « Tous au sol, position pompe » a-t-il crier. Gloups.

Tout s’enchainait très vite. Cela m’amusait beaucoup. Cet effort, bouger son corps, expérimenter la puissance des jambes, des bras. On envoyait « des directs » avant / arrière.

Je me sentais presque honteuse de faire ces gestes et de donner des coups.

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Voilà comment ça a commencé. Pas plus d’un quart d’heure et je savais que j’allais être passionnée.

La boxe représente pour moi une expérience corporelle unique. L’expérience de la violence donnée et réçue. L’expérience de l’unicité corps-esprit. Du moment présent.

A quoi peut-on penser quand on est sur le ring ? On redevient l’animal qui doit se défendre et qui doit attaquer. Je sais que l’on peut trouver cette violence gratuite. Je me suis beaucoup interrogé. Qu’est-ce ça veut dire de donner des coups et d’accepter d’en prendre ? Suis-je folle ?

Mais que fait un alpiniste sinon aller s’affronter lui-même face à une nature extrême ? La boxe me rends forte et libre, parce que seule face à l’autre, je suis dans l’obligation de réagir.

La boxe n’est pas un défouloir. Bien au contraire. C’est un art de la maitrise. Maitrise de son corps, réactivité, puissance, geste technique, parade.

Si on se défoule en boxe, on risque plutôt de se mettre en danger. La boxe c’est du sérieux. On n’est pas là pour se faire mal, on est là pour se confronter à soi même et pour trouver l’expressivité de sa puissance.

La boxe libère la puissance du corps.

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J’ai d’ailleurs vu mon corps se transformer pendant une année. Mes bras, mes mollets, ont pris des formes que je ne connaissais pas. Au bout de 6 mois, j’ai sauté à la corde comme les autres. Je me suis sentie extrêmement légère et puissante. Je peux désormais bondir. Je n’avais jamais bondi avant.

Mon corps a sué. Des litres et des litres. J’étais stupéfaite la première fois que la sueur à coulé du dessus de mon crâne, dans mes yeux. Je sors des cours systématiquement la nuque trempée comme après une douche. Mes cheveux collent et ne sèche pas. Je ne savais pas que la sueur ne séchait pas. Même 5 heures après, mes cheveux restent mouillés.

Je me suis acheté des gants. Un short. Je me suis blessée et j’ai appris à faire attention à moi.

Puis un jour j’ai fait un match. Un vrai. Et j’ai eu très peur.

Boxer n’est pas se défouler

Combien de fois l’ai-je entendu ? « Ah oui, tu te défoules » ou « ça doit bien défouler ».

Aujourd’hui, à l’entraînement, déterminée devant le grand miroir de la salle, envoyant ma droite ma gauche et mon crochet je me disais : la boxe, c’est tout sauf un défouloir en fait ?

C’est un moment où la force et la puissance s’expriment à pleins, mais dans un ordre et de manière très canalisée.

Je ne frappe pas n’importe comment, je frappe précisément. Passage de l’épaule, déploiement du bras, retour du poing au menton et bien entendu rotation des jambes. Mon corps est gainé. Et ce geste, toujours imparfait, que l’on reproduit à l’infini, cherchant à le perfectionner, me procure la joie de maîtriser ma puissance et ma force et de la vivre à 100%.

Car en boxe, plus un geste est beau, plus est efficace. Et cette recherche de la beauté, de l’efficacité, de la maîtrise, de la frappe aussi parfaite, puissante, qu’élégante, est, croyez moi, tres loin du defouloir.

Je suis par ailleurs amoureuse du son de la percussion de l’impact et des séries d’impacts que je donne, comme des coups précis et ciblés (mais jamais assez) dans un éternel recommencement.

Je ne me défoule pas, je m’exerce, je progresse, je maitrise, je cherche la beauté, le beau son.

En revanche, il est très clair que le KO physique qui suit les deux jours de l’entraînement me fait dire que tout cela m’a bien apaisée !

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Anthologie des pompes

Sur les poings, sur les doigts, sur une jambe alternée… il pompe.

Jambes et bras opposés, le voilà qui poursuit ses montés et ses descentes.

Il pompe diamant. Ses mains forment un triangle au sol. Le diamant sur boxeur.

Les acrobaties ne sont pas terminées !

Sur une main puis sur l’autre.

Décalé.

Décalées sautées.

Décalées sautées claquées.

Des gouttes de sueur au sol. Son regarde juste un peu à l’avant. Il semble fixer un point.

Sur les coudes. Double largeur des épaules.

C’est un Superman ! Il pompe Spiderman, essuie-glace (rhooo qu’elles sont élégantes celles-ci) ! Il balaie le sol sans jamais le toucher. Clic-clac.

Battements d’ailes, crapaud.

Quel animal virtuose !

10h10.

Fin du 360, il a pompé et moi j’ai bien aimé regarder.

 

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La corde à sauter avec Thierry

C’est avec Thierry que j’ai démarré la boxe au Kajyn à Paris.

Thierry est d’une patience infinie, il est exigent, passionné, et très talentueux : tant dans son application à nous accompagner chacun-e, que dans sa propre boxe. Si vous voulez combattre contre le vent, qui souffle sans jamais se laisser toucher, allez-y ! Frustration et élégance assurée.

Heureusement Thierry est super généreux,  il donne beaucoup de conseils personnalisés ce qui est très appréciable et qui fait qu’il fidélise son public.

C’est donc avec lui que j’ai découvert ma passion pour la boxe et il m’a également transmis le plaisir de la corde à sauter. C’est pourquoi j’ai voulu l’interroger sur ce point précis. Dois-je préciser qu’il est également le roi de la « CàS » ?

JDB – Pourquoi les boxeurs font de la corde à sauter ?

T – A l’origine les clubs de boxe n’existaient pas et chacun s’entraînait en extérieur. Donc les jours de mauvaise météo  : pas de boxe. C’est pourquoi quelqu’un a eu l’idée d’utiliser une corde pour sauter. En évoluant, on y a ajouté des figures pour la coordination/agilité et des accélérations pour le cardio. On peut l’utiliser soit pour s’échauffer, soit s’entraîner ou pour un retour au calme après l’entraînement. Aujourd’hui il n’y a pas que les boxeurs qui sautent à la corde.

JDB – Quels sont les bienfaits de la corde à sauter ?

T – La CàS est un sport très complet et énergivore qui permet d’effectuer :
*un renforcement musculaire de presque toutes les parties du corps (cuisses, mollets, fessiers, abdos, dos, épaules, coeur…).
*une amélioration de la fonction cardiovasculaire et de la capacité aérobie.
*un développement de  la coordination et de la sensation d’équilibre.
*une optimisation globale du métabolisme.

Sur le plan psychologique, il faut de la volonté, de la rigueur et de la créativité.

JDB – Est-il important de sauter devant une glace ? Pourquoi ?

T – Quand on débute, c’est préférable de manière à pouvoir corriger ses erreurs (pieds écartés largeur épaules, jambes légèrement fléchies au niveau des genoux, tourner les poignets…) et cela aide à ne pas regarder ses pieds en sautant. Cela le devient encore plus quand on aborde les figures.

JDB – En terme de sensations, qu’est ce que tu aimes le plus quand tu sautes à la corde ? Je t’ai vu faire des figures incroyables !

T – J’adore la CàS car j’éprouve une sensation de liberté et de maîtrise. C’est comme de la danse.

JDB – Quels sont tes exercices préférées à la corde ?

T – D’abord, croiser la CàS car cela relâche la tension dans les épaules et c’est un mouvement qui est harmonieux. Ensuite j’aime tout ce qui est saut avec déplacements latéraux car ils demandent plus d’agilité que les mouvements linéaires. Esthétiquement c’est plus beau, je trouve.

JDB – Le programme idéal pour une boxeuse amateure passionnée ce serait quoi ? À faire quelle fréquence ?

T – Comme tous les sports, trois fois par semaine entre 15 à 45mn (en fonction du type de travail endurance ou fractionné).

JDB – Je sais que tu aimerais créer un cours de corde à sauter. Sans tout dévoiler peux tu en dire un peu plus ?

T – C’est un cours de 45mn progressif donc accessible à tous.  Le principe de base : 10 rounds de 3mn avec entre chaque round une minute de récupération ou des exercices pour les plus endurci.e.s.

JDB – Merci Thierry ! Rendez-vous avec vos cordes au kajyn les midis et les dimanches matin !

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